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Numéro hors-série

             


Marcel Proust

À la recherche du Temps perdu
Notes et commentaires

Copernique Marshall et Paul Dubé

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Annexe 10

Lettre à Gaston Gallimard

À Gaston Gallimard


102 boulevard Haussmann 292 05 Samedi 2 novembre [1912] (1)

1. Coll. Yale University (Beinecke). Cahier VI, 89-90. Lettre datée par Proust : Samedi 2 Novembre; elle date de 1912, année où le 2 novembre tombe un samedi. 

Monsieur,

Voici longtemps que je voudrais vous demander un conseil. Mais vous savez le terrible état de ma santé. Je ne sais jamais la veille si je n'aurai pas de crise le lendemain, et à cause de cela il m'est impossible de prendre des rendez-vous d'avance. Mais comme voilà assez longtemps que je ne me suis levé et comme il me semble que je le pourrai d'un jour à l'autre, ce jour-là, que ce soit demain dimanche, ou lundi, ou un autre jour, je me permettrai à tout hasard de vous téléphoner pour vous demander s'il vous est possible de me voir le jour même. Il est très possible que vous ne pourrez pas, et ce mot est tout simplement pour que vous ne me trouviez pas indiscret et compreniez la raison d'un si brusque appel. Chaque jour j'espérais être mieux et vous écrire pour vous expliquer tout cela en détail. Mais le délai où je peux encore vous parler utilement expire et je profiterai à tout hasard de la première minute où je serai bien.

Je ne sais si vous vous souvenez que Robert Gangnat que j'aimais beaucoup m'avait fait faire votre connaissance (2). Et d'autre part M. J. Copeau m'avait dit de vous écrire si je désirais donner suite à un projet de publication à la Nouvelle Revue française (3). Je suppose qu'il vous en a parlé. Je lui ai expliqué très franchement la cause de mes hésitations, de mes scrupules. Mais il serait plus simple et plus efficace que je puisse causer dix minutes avec vous. La correspondance est plus compliquée. Je pourrais cependant en désespoir de cause y avoir recours si cela ne vous ennuyait pas de me répondre. Croyez je vous prie à mes meilleurs sentiments [.]

(2) La rencontre en question a eu lieu, semble-t-il, à Bénerville au mois d'août 1908. 

(3) Copeau a dû répondre affirmativement au post-scriptum de la lettre que Proust lui adressa le vendredi 25 octobre 1912

Marcel PROUST.

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